Vous descendez ?, de Nick HORNBY


vous descendez pocheLe soir du nouvel an, à Londres, quatre inconnus se retrouvent par hasard, au sommet du même immeuble, avec la même intention : se suicider !

Le point de départ de ce roman est sans conteste original et constitue le fil rouge de tout l’ouvrage : leur désir suicidaire conduit nos quatre héros à former un petit groupe complètement anarchique et loufoque, dont on suit les aventures avec plaisir.

Les chapitres, courts et rythmés, nous font pénétrer tour à tour dans les pensées de chacun des candidats au suicide : Martin, ex-présentateur vedette qui a tout perdu après une aventure avec une jeune fille mineure ; Maureen, catholique bien-pensante qui élève dans la solitude son fils handicapé ; Jess, jeune fille rebelle confrontée au délabrement de sa famille et à une peine de cœur et, enfin, JJ, un américain désabusé ayant perdu son groupe musique et sa copine.

Ce qui caractérise ce roman est son langage cru et direct, ses réflexions cyniques et sarcastiques sur les aventures et les vies pathétiques des quatre héros. Pourtant, c’est aussi une œuvre pleine d’humanité, dans laquelle s’expriment admirablement les états d’âmes de chacun.

Les personnages, caricaturaux et bourrés de défauts, sont en même temps les reflets de notre société et leurs pensées révèlent les jugements hâtifs et sans concession que chacun porte sur les autres. Mais les liens qui se nouent entre eux leur permet de former un groupe improbable et inoubliable. Et cela fait du bien d’avoir pour héros, des ratés, des « losers », des dépressifs !

De mon point de vue, Nick Hornby a réussi à surmonter un énorme écueil : en abordant des thèmes à la fois sensibles, délicats (le suicide, un fils handicapé, une relation avec une jeune fille mineure, etc.) mais aussi d’autres largement éculés (les peines de cœur, les problèmes familiaux, etc.), ce roman aurait pu tourner à la catastrophe, faire preuve de mauvais goût ou aligner des banalités, mais ce n’est pas le cas. Il y a beaucoup d’humour noir, de cynisme, mais finalement de sensibilité dans ce roman.

Et c’est aussi en confrontant les expériences et les vécus des personnages que l’on parvient à voir au-delà du caractère pathétique de leurs vies, comme les héros sont eux-même amenés à le faire.

Vous descendez ? est également pleinement ancré dans notre monde contemporain, avec quantités de références au cinéma, à la télé, à la littérature, à la politique et à nos préoccupations d’aujourd’hui. Pour cette raison, j’ai des doutes sur le fait que ce soit un livre qui « vieillisse » bien : ce n’est pas sûr que dans vingt ans, certaines répliques fassent encore mouche.

De plus, on a l’impression que l’auteur n’a pas totalement réussi à faire tenir son intrigue sur toute la longueur du roman et, sur la fin, le récit se révèle moins prenant et surprenant qu’au début.

Néanmoins, cette comédie noire sur le suicide se distingue de par son écriture directe et « spontanée » (toute la narration est au présent) et elle est remplie de formules un peu chocs qu’on a envie d’épingler sur son frigo :

La conclusion du coroner est presque toujours la même: « Etat de déséquilibre mental au moment de se donner la mort. » Ensuite vous découvrez l’histoire du pauvre type: sa femme couchait avec son meilleur ami; il avait perdu son boulot; sa fille avait été tuée dans un accident de voiture quelques mois plus tôt. Hé! ho! monsieur Coroner. Vous êtes sûr de votre coup, là? Je suis désolé, mais ce n’est pas du déséquilibre mental, ça. C’est du bon sens. Tuile sur tuile sur tuile jusqu’à n’en plus pouvoir, et ensuite destination le parking du centre commercial le plus proche dans le break familial, avec une bonne longueur de tuyau en caoutchouc. Voilà le tableau. Vous ne croyez pas que la conclusion devrait plutôt ressembler à: »Il s’est donné la mort après avoir constaté en toute objectivité que sa vie était un putain de désastre »?


Le type qui a laissé deux marques profondes et apparemment contradictoires sur nous. Un, il nous a permis de comprendre que nous étions incapables de nous suicider. Deux, cette information nous a rendu suicidaires de nouveau.
Ce n’est pas un paradoxe pour qui connait un tant soit peu la perversité de la nature humaine.


J’ai enfin reconnu que j’avais voulu me tuer, non parce que je détestais vivre, mais parce que j’adorais vivre.


C’est une monnaie comme une autre l’estime de soi. Vous pouvez passer des années à économiser, et tout claquer en une soirée, si vous le voulez. Moi, en quelques mois, j’avais jeté par la fenêtre l’équivalent de quarante et quelques années, si bien qu’il fallait que j’économise de nouveau


A découvrir sans hésitations ! (et en plus on découvrira bientôt Vous descendez sur grand écran !)


Autour du roman :

Vous descendez ? (A long way down), publié en 2005, est l’œuvre de Nick Hornby, un journaliste et romancier anglais.

Comme plusieurs autres de ses ouvrages, ce livre vient d’être adapté pour le cinéma par Pascal Chaumeil. La sortie du film est prévue pour 2014 et mettra en scène Aaron Paul, Pierce Brosnan, Imogen Poots et Toni Collette.

Voici la bande-annonce :


L’intrigue :

« La veille du nouvel an, à Londres, quatre individus se retrouvent, par coïncidence, sur le toit d’un immeuble de quatorze étages, tous avec la ferme intention de sauter pour mettre un terme à une vie devenue intolérable. Arrive d’abord Martin, présentateur vedette de la télévision, dont la carrière et la famille ont été brisées par un scandale sordide et retentissant ; puis Maureen, femme simple, fervente catholique néanmoins prête à commettre le plus grand des péchés, car elle n’en peut plus de s’occuper, seule, d’un fils handicapé ; ensuite Jess, 18 ans, souffrant d’une grosse peine de coeur, pleine d’amertume (et d’alcool) ; et enfin J J, jeune Américain dont les rêves de devenir rock star ont disparu, et qui se trouve anéanti par une situation précaire de livreur de pizzas.

Ce quatuor n’a en commun que le désespoir… et une petite faim. Et voici deux pizzas, apportées par J J… Les langues se délient, chacun raconte sa vie, ses déceptions ; finalement, l’aube venant, ils décident de différer, et se donnent rendez-vous à la Saint-Valentin, au même endroit. »

Bookmarquez le permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *