L’Enfant de l’Etranger, d’Alan HOLLINGHURST


enfant_etrangerDans L’enfant de l’étranger d’Alan Hollinghurst, le lecteur suit, tout le long du vingtième siècle, différents moments de vie d’une famille anglaise. Son histoire entière est marquée par le souvenir d’une amitié et d’une double liaision : celle qui lia, au début des années 10, un frère (Georges) et une sœur (Daphné) au jeune, charismatique, et trouble poète, Cecil Valance.

Les différents chapitres s’attardent sur des instants clés de l’histoire intime de cette famille, dont on découvre, presque subrepticement, parfois des décennies après, des éléments majeurs.

Nombreux sont les faits et les personnages qui ne sont qu’effleurés, voire complètement occultés, ce qui pourrait se révéler frustrant pour certains lecteurs. Il ne s’agit pas d’une saga familiale historique comme on peut en avoir l’habitude, et c’est un élément positif pour moi, car celles-ci, pléthores, sont parfois un peu clichés.

En dépit des changements de narrateurs, j’ai pour ma part apprécié qu’il y ait un fil rouge, qui donne sens à toute l’intrigue. Le « héros », Cecil Valance, n’apparaît, en effet, en personne, que dans le premier chapitre, mais son ombre hante toutes les pages du roman.

Bien sûr, ce fil rouge est parfois un peu cousu de fil blanc (on a parfois l’impression que toute l’Angleterre est liée d’une manière ou d’une autre à Cecil Valance…), et j’ai trouvé le dernier chapitre, et la fin, un peu faibles comparés au reste du roman, notamment par rapport aux premiers chapitres, sublimes.

En effet, la grande force de ce roman est son écriture : les pensées et les sentiments des personnages, les descriptions, fines sans être trop minutieuses, sont merveilleusement retracées.

Une particularité de ce roman est la place donnée à l’homosexualité dans le récit, nombre de personnages dévoilant ou cachant leur penchant homosexuel : j’ai trouvé que cela changeait des histoires traditionnelles, tout en atteignant une universalité à travers le récit de la confusion des sentiments et des échecs amoureux.

Il y est aussi beaucoup question du rapport au passé, à son histoire, individuelle et familiale. A chaque époque, le lecteur découvre le regard des contemporains sur le trio formé par Georges, Daphné et Cecil, chacun y projetant ses aspirations, ses peurs et ses désirs.

Le rapport trouble à la mémoire et à ses souvenirs est également une des lignes de force du récit, toute en sensibilité et complexité.

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Un très beau roman, à l’écriture sublime, aux personnages complexes, et qui rend universel la complexité des sentiments et l’ambivalence du passage du temps et du rapport à ses souvenirs.


Les [+] : l’écriture sublime, les thématiques universelles, la sensibilité du récit

Les [-] : la fin un peu faible, un fil rouge parfois trop cousu de fil blanc


Le roman :

L’enfant de l’étranger a été publié en 2011 (2013 en France) par le romancier britannique Alan Hollinghurst dont c’est le cinquième roman. Il a reçu le Prix du meilleur roman étranger en France.


L’intrigue :

Tout commence en 1913, dans le jardin de la maison de campagne des Sawle dans le Middlesex. Etudiant à Cambridge, le timide George Sawle a invité aux Deux Arpents un de ses camarades, l’aristocratique et énigmatique Cecil Valance. Ces jours dans la maison familiale et le poème qu’ils inspirent à Cecil vont changer leur destin. Et plus encore celui de Daphné, la sœur de George. En ce printemps où rien n’annonce les proches bouleversements de l’Histoire, un pacte se noue secrètement entre les trois jeunes gens, point de départ d’une fresque saisissante à travers le XXe siècle, par l’un des plus grands romanciers anglais contemporains.

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