Le goût des jeunes filles, de Dany LAFERRIERE


Port-au-Prince, 1968. D’un côté, la bourgeoisie, qui soutient le pouvoir en place ; de l’autre, le peuple confronté à la pauvreté et la violence, duquel commence à émerger un vent nouveau de liberté et de modernité. Cinq jeunes filles – libres, passionnées, souvent vulgaires – incarnent cette nouvelle facette de l’Ile. En proie aux éclats du désir (moins souvent de l’amour), elles sont soumises aux diktats de leur environnement (la dictature, la pauvreté – ou à l’inverse la richesse – leur place de femme) dont elles tentent de se détacher par leur aplomb et leur liberté. C’est cette ambivalence que découvre leur voisin Fanfan, un jeune garçon du même âge qu’elles, élevé par sa mère et ses tantes. Le temps d’un week-end, il se glisse, subjugué, dans leur sillage. L’écriture de Dany Laferrière est puissante, se glisse à merveille dans la tête et le langage de ses personnages. Sans décrire avec précision le contexte, il brosse par petites touches le portrait d’un pays et d’une époque. Les narrateurs et les époques se mêlent, les voix se mélangent, et donnent à voir un instantané frappant de ces femmes qui émergent, survivent, tentent de vivre, dans cet Haïti de la fin des années 60.

 

Le goût des jeunes filles a été publié pour la première fois en 1992 par l’auteur haïtien Dany Laferrière, par ailleurs membre de l’Académie française depuis 2015.


 « De l’autre côté du trottoir, c’est la maison de Miki. Toujours pleine de rires, de cris, de filles. Miki habite seule, mais elle a beaucoup d’amis. Il y a toujours deux ou trois voitures garées devant sa porte, prêtes à partir pour la plage, pour un restaurant à la montagne ou pour le bal. Tous les jours. Et moi, je dois étudier mon algèbre. S’il n’y avait que Miki. Mais voici Pasqualine qui s’étire comme une chatte persane. Marie-Michèle est un peu snob et Choupette, aussi vulgaire qu’une marchande de poissons. La bouche méprisante de Marie-Erna et les fesses dures de Marie-Flore. Les hommes ne sont pas toujours les mêmes. Quant à moi, je ne bouge pas de la fenêtre de ma petite chambre. À l’étage. Je rêve du jour où j’irai au paradis, c’est-à-dire en face. »

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