La Bohême et l’Ivraie, d’AYERDHAL


boheme_ivraieLa Bohème et l’Ivraie est une œuvre d’une force incomparable. Au centre du récit se trouve le kinéïrat, une nouvelle forme d’art qui permet à ses auteurs de projeter directement dans l’esprit des spectateurs des œuvres visuelles que ces derniers vivent de manière totalement subjective.

L’art est ici inséparable de ses conséquences politiques, et son contrôle est tout l’enjeu de ce roman. A la rébellion artistique se mêle la révolution politique. Et ce sont ces mêmes enjeux, qui voient les héros être confrontés à la toute-puissante Homéocratie, qui confèrent à cet ouvrage son intensité dramatique.

La Bohème et l’Ivraie constitue une véritable réflexion sur l’art, la liberté, la rébellion, le pouvoir, que ce soit au travers de l’intrigue ou des Aphorismes Bohèmes présents au début de chaque chapitre.

De la même façon que les spectateurs du roman découvrent, à travers le kinéïrat, une ode à la liberté d’expression, aux libertés individuelles, à la rébellion face au pouvoir asservissant, j’ai trouvé que le lecteur devenait à son tour partie prenante de ces récits inventés, qui sont autant de coups de poing émotionnels et intellectuels.

Cette puissance est le fait de l’écriture d’Ayerdhal, forte et très personnelle. Toutefois, du fait de sa complexité en terme de vocabulaire et de structure, elle est sans doute inaccessible pour beaucoup de lecteurs, mais c’est aussi ce qui en fait la richesse.

L’intérêt du cycle réside aussi dans ses héros : Ylvain, Ely, Made et La Naïa. Forts et iconoclastes, ils incarnent chacun un des aspects du récit : la puissance créatrice, la confrontation politique et la révolution bohème. Les relations qui se nouent entre les personnages sont à la fois singulières (car loin d’être binaires) et prenantes.

C’est un ouvrage dont les mots résonnent longtemps après avoir tourné la dernière page.


Autour de l’œuvre :

La Bohème et l’Ivraie est un roman de science fiction publié en 1990 par l’écrivain français Ayerdhal (il s’agit de la première œuvre publiée par l’auteur). Il se compose de quatre tomes (regroupés en un seul roman dans la dernière réédition de l’œuvre) :

  • Ylvain, rêve de vie
  • Made, concerto pour Salmen et Bohême
  • La Naïa, hors-limites
  • Ely, l’esprit-miroir

Ayerdhal se distingue de par son engagement, notamment en faveur des droits des auteurs, en particulier dans le contexte de l’édition numérique. Il est ainsi l’initiateur du collectif Le Droit du Serf, qui vise à assurer le respect du droit des auteurs à jouir décemment de leurs œuvres.


L’histoire :

« Imaginez un art qui, outre les sons et les images, les odeurs, les goûts, le toucher, la perception du mouvement et de l’espace, manipule les sentiments et les émotions avec une telle finesse qu’ils deviennent indiscernables des vôtres. Imaginez des artistes qui projettent directement leurs oeuvres dans l’intimité de votre centre nerveux, excitant tous vos sens, surimposant des émotions dûment composées à votre propre sensibilité dans un spectacle où vous serez tour à tour ou simultanément tous les personnages. Maintenant imaginez le pouvoir que l’exercice de cet art confère à celui qui le maîtrise. Imaginez les enjeux, les conflits d’intérêts, les passes d’armes, les expédients, la fin et les moyens mis en oeuvre pour contrôler le kineïrat. Car c’est de cela qu’il s’agit, à l’échelle des deux cent soixante mondes de l’Homéocratie. »

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